Pourquoi tant de désillusion politique ?

Publié par Jason Lamiaux

A l’aube du premier tour des élections destinées à designer le 9ème Président de la Ve République Française, près d’un français sur trois déclare ne pas vouloir aller voter. Les causes retenues pour expliquer cette décision tourne toujours autours de l’idée de la grande désillusion envers « la politique ». A grands coups de « ça ne sert à rien ! », « Ils ne pensent qu’à eux ! » voire du sempiternel « ils sont tous pourris ! », les électeurs expriment leurs lassitude envers un système.

Lorsque l’on parle de système il convient de comprendre si l’on parle du système politique lui-même, c’est-à-dire les institutions, ou du fonctionnement des politiques, c’est-à-dire des pratiques politiques.

Le détournement de l’essence de la constitution

Le rôle du Président de la République Française est organisé par l’article 5 de la Constitution de la Vème république. Il précise que « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. ».

A la lecture de cette définition, les programmes semblent donc complétement hors sujet, mais la poursuite de la lecture de la constitution nous apprend que « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». Le gouvernement à donc un rôle majeur dans l’administration de la France, alors que la fonction présidentielle demande plus de hauteur que la vindicte politicienne à laquelle nous assistons dans le cadre des débats présidentiels.

Vouloir absolument faire de la fonction présidentielle une monarchie républicaine en présentant la fonction comme une sorte de gourou propre à régler tous les maux de la société est à mon sens une erreur. La fonction prophétique que la société souhaite donner au Président de la République ne répond plus à ses propres inspirations.

Cette situation concoure au verrouillage de la politique par les partis, qui ne sont plus des incubateurs d’idées mais tendent de plus en plus vers des « shadow cabinets » prêts à tout pour récupérer les pleins pouvoirs.

Face à cette situation, il semble compréhensible que des électeurs votant pour une femme ou un homme politique soient déçus de l’inaction de ce dernier, car les promesses ne correspondent pas à la fonction. L’honnêteté politique consisterait à connaitre le nom du Premier Ministre avant les élections présidentielles plutôt que de faire des promesses de campagne qui ne sont constitutionnellement pas du ressort du candidat.

La transformation de l’Assemblée Nationale en « chambre d’enregistrement » des décisions gouvernementales

Le détournement du rôle du Président de la République conduit les partis politiques à imposer de plus en plus intensément une ligne commune à l’ensemble de ses élus parlementaires, en témoigne le mouvement des « frondeurs ».

Les frondeurs regroupaient dans un temps pas si lointain des Députés, et beaucoup plus discrètement des Sénateurs, élu(e)s sous l’étiquette du Parti Socialiste présentant des désaccords majeurs avec la ligne gouvernementale qui a conduit à l’utilisation massive du fameux article 49.3 de la constitution.

La situation à fait le buzz pour son coté contestataire, moins pour le problème de fond, au-delà même de la simple question de la ligne politique.

Les Député(e)s élu(e)s principalement grâce à leurs étiquettes politiques, et donc suite à un choix du parti, se sont retrouvé(e)s rapidement avec une épée de Damoclès sous forme de chantage à l’investiture. La volonté de conservation de leurs postes à conduit un certain nombre de parlementaires à ne pas exprimer un vote en leur en âme et conscience.

A ce titre, l’Assemblée Nationale censée porter la voix du peuple ne représente plus que des courants politiques dans lesquels les citoyens Français s’identifient de moins en moins.

Cette démarche implique que les élu(e)s doivent suivre une ligne gouvernementale, et non la ligne dictée par les électeurs les ayant conduit(e)s à leurs postes parlementaires, accentuant encore plus le sentiment de désillusion des électeurs. L’Assemblée Nationale n’est donc plus à ce jour l’instance représentative des Français, mais bel et bien une chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales récusant toute contestation.

Je n’aborderai pas la question lockéenne de la séparation des pouvoirs que cela pose lorsque les pouvoirs législatifs et exécutifs sont réunis de façon directe ou indirecte dans de mêmes mains, bien qu’elle serait intéressante à développer.

Quand le storytelling remplace la philosophie politique

Le storytelling est une technique de communication utilisée systématiquement dans une campagne électorale. Elle consiste à « conter une histoire » tout le long de la campagne, qui à force de répétition deviendra l’idée que la population se fait du candidat et de sa philosophie politique.

En plaçant l’incarnation politique d’un Homme au premier plan, les partis politiques ont créé un système dans lequel on parle davantage d’un personnage politique que d’une femme ou un homme politique.

Il est important de comprendre qu’aujourd’hui, il n’existe plus de cohésion nationale sauf en période d’attentat et pour une durée relativement courte. Sans conjonction de destin, dans une société de plus en plus individualiste et segmentée, les partis tendent à répondre aux aspirations de chaque communauté, de chaque segmentation sociodémographique.

La grande force des partis ces dernières années, fut de faire croire à chacune des strates de la société qu’elle sera au cœur de leurs préoccupations, générant une désillusion forte dans chaque couche de la population sans discrimination. A ce titre la république reste « une et indivisible ».

Il apparait alors que nous sommes bien loin aujourd’hui de la Constitution et de l’esprit institutionnel voulus par le général De Gaulle. Lui qui le premier expliquait sa réserve quant aux partis politiques et leurs impacts sur la vie publique. La politique n’a plus un rôle de défense des intérêts nationaux communs, elle est devenue un conglomérat d’individus défendant des intérêts particuliers.

Une chose reste sûre, ce sont les votes et abstentions des électeurs qui donnent mandats aux élus. C’est pourquoi il convient de faire des choix libres et éclairés afin que chacun d’entre nous puisse assumer pleinement les conséquences du résultat du scrutin.